Huitième épisode, et cette fois on quitte le terrain de l'infra lourde pour parler de trois petits outils du quotidien — ceux qu'on utilise dix fois par jour sans y penser, et qu'on file d'habitude à des sites web tiers sans trop se poser de questions sur ce qu'ils font de nos données.

IT-Tools — la boîte à outils du dev qui remplace vingt onglets

IT-Tools, c'est une collection d'utilitaires pour développeurs regroupés dans une seule appli web : encodeur/décodeur base64, générateur et parseur de JWT, testeur de regex, générateur d'UUID, hash MD5/SHA, formateur JSON, parseur de cron, générateur de QR code, calculatrice de sous-réseaux, et une bonne cinquantaine d'autres outils du genre. Le genre de trucs qu'on cherche sur Google trois fois par semaine et qu'on finit sur un site random bourré de pubs, alors que l'auto-hébergement règle le problème une bonne fois pour toutes.

L'intérêt de le self-hoster plutôt que d'utiliser une des instances publiques dispos, c'est surtout pour tout ce qui touche à des données sensibles : décoder un JWT de prod, formatter un JSON qui contient des identifiants, générer un hash à partir d'une donnée confidentielle — autant de trucs que tu préfères ne pas balancer sur un service dont tu ne sais rien. Techniquement c'est une simple appli Vue, ultra légère, qui se déploie en un conteneur sans base de données ni dépendance externe. C'est probablement l'outil le plus simple à mettre en place de toute la série depuis le début, et pourtant un des plus utilisés une fois en place.

BentoPDF — manipuler ses PDF sans jamais les envoyer nulle part

BentoPDF, c'est l'alternative open source à tous ces sites du genre iLovePDF ou SmallPDF qui te demandent d'uploader ton document pour fusionner deux PDF ou en extraire une page. La différence fondamentale, c'est que tout le traitement se fait côté client, dans le navigateur, via WebAssembly — même quand tu le self-hostes, le serveur ne voit techniquement jamais le contenu de tes fichiers, tout se passe en local dans l'onglet ouvert. Pour des documents un peu sensibles (contrats, factures, dossiers admin), ça change tout par rapport à un site qui stocke — ou prétend ne pas garder — tes PDF sur ses serveurs.

Côté fonctionnalités, c'est étonnamment complet : fusion, découpage, compression, rotation, conversion vers et depuis une bonne dizaine de formats, remplissage de formulaires, annotation, rédaction de contenu sensible, suppression de métadonnées. Le déploiement est trivial (une image Docker de quelques Mo à peine), avec un seul vrai point d'attention : la conversion de fichiers Office nécessite du SharedArrayBuffer, ce qui veut dire que si tu y accèdes via une IP locale plutôt que localhost, il faut absolument le servir en HTTPS, sinon le navigateur désactive la fonctionnalité silencieusement sans prévenir.

Excalidraw — le tableau blanc qui a le bon goût de rester simple

Excalidraw, c'est un outil de dessin collaboratif en ligne, avec ce style "croquis à la main" caractéristique qui le rend hyper agréable à utiliser pour des schémas d'architecture, des diagrammes de flux, ou juste pour clarifier une idée à plusieurs en visio. Pas besoin de maîtriser un outil complexe façon Figma ou Draw.io pour être productif avec — tu ouvres une page blanche et tu dessines, littéralement, avec des formes, du texte, des flèches, et un rendu qui reste volontairement imparfait et humain plutôt que froid et vectoriel.

Le mode collaboratif en temps réel fonctionne remarquablement bien : tu partages un lien, et plusieurs personnes peuvent dessiner en même temps sur le même canvas, un peu comme un Google Docs mais pour du visuel. En self-hosted, tu gardes le contenu de tes sessions de brainstorming ou tes schémas d'archi chez toi plutôt que sur les serveurs d'Excalidraw.com (qui reste par ailleurs gratuit et tout à fait honnête niveau vie privée, mais bon, l'objet de cette série c'est justement de reprendre la main). Le déploiement demande un peu plus d'attention que les deux précédents si tu veux la collaboration temps réel complète, puisqu'il faut alors héberger le backend de sync en plus du frontend statique — mais pour un usage solo ou en local, la version front seule suffit largement.

En résumé

Trois outils qui n'ont l'air de rien sur le papier, mais qui illustrent bien pourquoi l'auto-hébergement vaut le coup même pour des trucs "sans importance" en apparence : tu arrêtes de balancer tes JWT de prod, tes contrats PDF, ou tes schémas d'archi confidentiels vers des services tiers dont tu ne sais rien, pour un coût de mise en place qui se compte en minutes.

Liens utiles

IT-Tools : https://it-tools.tech/
BentoPDF : https://www.bentopdf.com/
Excalidraw : https://excalidraw.com/

La Boîte à Outils FOSS #8 : IT-Tools, BentoPDF, Excalidraw